Interview du mois : Alain Prost répond à nos questions

Publié le

par Thomas Criqui

Tous les mois, une célébrité répond aux questions de la rédaction de Minute-Auto.fr. Ce mois-ci, c’est Alain Prost qui s’y colle !

L’interview F1

Quel pilote vous impressionne le plus sur cette première partie de saison en Formule 1 ?
Il y a Max Verstappen, bien évidemment, mais il y a également un pilote dont on parle peu, c’est Carlos Sainz. J’aimerais voir comment il évolue dans une grande équipe. Il a toujours évolué dans l’ombre de Verstappen mais se montre impressionnant. Il y a également Daniel Ricciardo, que je trouve bien plus solide. Sergio Pérez a également connu une métamorphose depuis deux ans.

Ferrari semble souffrir et n’arrive pas à résoudre ses problèmes. Vous qui avez fait partie intégrante de la Scuderia, comment jugez-vous cette situation ?
Je la juge en une seule phrase : C’est très difficile d’avoir une vraie stabilité chez Ferrari. On voit qu’il y a de la nervosité, et ce n’est pas une équipe qui gère ça de la meilleure des façons. C’est une équipe qui a besoin de sérénité pour avancer et être un rouleau compresseur comme à l’époque de Todt, Brawn et Schumacher. Elle ne peut marcher que comme ça.

Si Kimi Räikkönen devait mettre pied à terre à la fin de la saison, qui prendriez-vous pour épauler Sebastian Vettel ?
Je pense que je mettrais Sainz. Il y a toujours une question d’équilibre. Il pourrait être bien avec Vettel et connaît bien la pression. Mais les caractères doivent correspondre dans une même équipe. Il y en aurait d’autres mais à choisir je prendrais Sainz !

Vous qui êtes connu pour avoir été un pilote méticuleux et minutieux, auriez-vous préféré être pilote aujourd’hui ou préférez-vous la période à laquelle vous étiez derrière le volant ?
C’est difficile de juger, je ne connais pas si bien que ça la période actuelle. Lorsque l’on écoute ce qui se dit entre le stand et le pilote, on se rend compte que l’on ne demande pas la même chose aux pilotes. Aujourd’hui, il y a les ingénieurs et beaucoup de gens derrière les écrans qui voient ce qu’il se passe. A l’époque, c’était à nous, pilotes, de donner des informations.

Tous les meilleurs pilotes que j’ai connu réglaient eux-même leur voiture et l’ingénieur était un exécutant. Aujourd’hui, on demande aux pilotes de faire des choses qui ont été programmées en amont. Je pense que je préfère mon époque, mis à part le fait qu’il y a moins de risques aujourd’hui et que l’on gagne bien plus d’argent (rire).

La sécurité, justement, est un sujet sensible. On a vu plusieurs équipes tester des halos. Va t-on trop loin ou faut-il tout faire pour toujours plus de sécurité ?
C’est paradoxal. Les gens ont envie de voir un show, un spectacle, avec des pilotes qui font office de chevaliers des temps modernes et qui prennent tous les risques. Et paradoxalement, si demain il y avait encore un accident mortel, tout le monde crierait à juste titre.

Nous sommes dans un système de protection, qui peut dénaturer le sport auto et les voitures. Je ne sais pas si ce sera plus sûr. J’ai déjà essayé un tel système sur la McLaren, en 1985. J’ai très rapidement arrêté car j’avais rencontré de gros problèmes de visibilité. Mais on a beaucoup amélioré la technique alors j’attends de voir.

Quelle conscience du danger aviez-vous ? Vous étiez très découvert, aussi bien au niveau de la tête que des jambes. En aviez-vous conscience à l’époque ?
Bien sûr. Mais lorsque l’on est dans la compétition et que l’on a le choix entre une voiture rapide et une autre plus sûre mais moins rapide d’une seconde, on ne veut jamais de la voiture qui perd une seconde. On vivait avec, en essayant de limiter les risques. Lorsqu’il y avait les mulets (ndlr : une troisième voiture), je m’adaptais en fonction de l’équipier. Il y en avait à qui on pouvait faire confiance, et d’autres non.

L’accident d’Ayrton (Senna) a tout changé. On parlait déjà beaucoup de sécurité à cette époque, mais la priorité était toujours la performance. Aujourd’hui, le registre a changé et la sécurité est au cœur de tout.

Est-ce, selon vous, cette époque qui a fait de vous l’idole que vous êtes ?
Certainement, comme la lutte avec Senna. C’était une véritable lutte humaine, dans un contexte risque incroyable. Ça fascinait les gens, de prendre de tels risques à chaque tour pour remporter cette lutte. C’était vraiment l’âge d’or de la F1.

Que pensez-vous de Max Verstappen ?
Max Verstappen, c’est presque un cas d’école si l’on peut dire, puisqu’il est devenu le plus jeune vainqueur d’un Grand Prix. Il a fait une arrivée fracassante l’année dernière vis à vis de son âge, qui a divisé le paddock et les fans. Le tournant, ça a été à Barcelone.

Il a un talent incroyable et une très bonne expérience vu son âge. Verstappen a fait la première moitié du chemin en rejoignant une top team. La deuxième moitié, c’est d’engranger de l’expérience, de consolider les acquis. Mais le talent, la rapidité et l’aplomb, il l’a. L’aplomb, c’est un gros atout. Il est indispensable dans un milieu où les gens donnent beaucoup de crédit à ce genre de personnalité. Il ne montre aucune faiblesse.

On me demande souvent si j’avais été prêt à son âge. Je pense que non, mais c’est difficilement comparable. A mon époque, déjà, il fallait avoir un an de permis pour piloter une monoplace. Ensuite, Verstappen a la chance de pouvoir utiliser un simulateur et d’exploiter une voiture plus facile à piloter. C’est presque péjoratif de le dire ainsi, mais elles sont plus abouties, avec plus d’électronique. Mais loin de moi l’idée de dire que ces jeunes sont moins bons !

L’interview F1 : La spéciale Ayrton Senna

Votre destin était lié à celui d’Ayrton Senna et le sien au vôtre. Comment cela se vit ?
C’est quelque chose qui ne se décide pas. Il est évident que je suis dans une situation différente de celle d’Ayrton. J’ai indirectement récupéré ses fans de l’époque, qui étaient pour beaucoup des adversaires et qui sont devenus des amis ou des alliés depuis. Lorsque l’on parle de Prost, on parle de Senna, et vice-versa, c’est vrai. Pour moi, c’est très facile à vivre. Ma vie est un peu axée autour de ça.

Quand vous y repensez, quel est votre premier souvenir avec lui ?
Avec le recul, c’est très différent de ce que j’ai pu ressentir sur le moment. J’ai l’impression d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire et de beaucoup plus humain que ce que les gens veulent bien le dire. Il fallait simplement le comprendre. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai détesté le film Senna, la manière dont il a été orienté. On a oublié de raconter l’histoire de la bonne manière. Elle a été bien plus incroyable que les deux-trois images des voitures qui s’accrochent. Mais c’est une histoire à comprendre, que peut-être moi seul peut comprendre.

Lors de votre après-F1, lorsqu’Ayrton était encore là, avez-vous eu le temps de vous retrouver et de vivre autre chose que la bataille en piste.
Personnellement, j’ai eu le temps de tout comprendre. J’ai eu le temps de voir la métamorphose d’un personnage totalement mystique qui était redevenu presque normal, avec presque un peu de fragilité et de faiblesse. J’ai compris pourquoi il était ainsi, notamment avec moi.

L’interview décalée

Comment roulez-vous sur la route ?
Je roule toujours en respectant les limitations de vitesse. Un tout petit peu plus vite sur l’autoroute, mais par contre je fais très attention en ville. J’ai connu des pilotes complètement dingues, et nous roulions tous plus vite qu’aujourd’hui, mais j’ai toujours été prudent.

Avez-vous une anecdote avec les forces de l’ordre à nous raconter ?
Sans me reconnaître, on m’a déjà demandé si je me prenais pour Fangio et ça m’a fait rire. Mais je m’entend bien avec les forces de l’ordre, je n’ai pas d’histoire avec eux.

Qu’avez-vous comme voiture(s) dans votre garage ?
Je suis un très mauvais exemple ! Les gens pensent toujours que j’ai le garage plein de grosses voitures, mais j’ai simplement un Renault Espace et un Scénic.

Quelle a été votre première voiture ?
La première voiture que je me suis acheté, c’était une Opel Kadett GTE, en 1976 ou 1977.

Quelle serait la voiture de vos rêves ?
Une grosse voiture électrique dans laquelle je peux tout de même embarquer mon vélo et mes bagages, et qui puisse tout de même faire assez de kilomètres. Ou alors une vieille Mustang, mais qui ne tomberait jamais en panne ! Mais je ne suis pas très voiture de sport...

Plutôt bruit du moteur ou musique ?
Musique.

Plutôt coupé ou cabriolet ?
Cabriolet.

Plutôt boîte auto ou manuelle ?
Automatique. Depuis toujours !

Plutôt F1 moderne ou d’antan ?
D’antan.

Plutôt sur le sec ou sous la pluie ?
(Hésitation) Plutôt sur le sec, parce que les gens ne comprendraient pas si je disais sous la pluie !

Plutôt Monaco ou Monza ?
Monaco ! Certainement pas Monza !

Plutôt Hamilton ou Rosberg ?
Rosberg.

Et pour finir, plutôt Prost ou Senna ?
Indissociables !


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Avis sur «Interview du mois : Alain Prost répond à nos questions»

  • Par Thomas

    Un homme qui n’a pas pris la grosse tête ! Il suffit de voir ses voitures de tous les jours pour le comprendre !

  • Par

    Super Interview du meilleur de tous les temps ! Une analyse toujours pertinente.

  • Par

    Super et interressant. j’aime beaucoup Mr Prost. Mr Senna est parti trop tantot. La F1 d’aujourd’hui m’ennuie beaucoup.Je ne la regarde plus. Je regarde les résultats. Pourtant la suivait de tres tres pert depuis 1980 !!!!Merci Eclestone et autressssss

  • Par

    Bonjour, alain a toujours ete mon idole tant pour son pilotage que pour ses mise au point des voiture et si on peu dire sa bonne conduite sur piste. Contrairement a airton qui estait certainement un bon pilote kamicase a mon gout et profitant souvent des reglage d ’alain ( on la surnomer le professeur certainement pas pour rien )

  • Par

    Propos plein de bon sens et profondément humain.

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